Rencontre avec Michel-Henri Carriol, nouveau membre de l’Ordre de l’Australie

24 juin 2020 | Actualités entreprise | By Annuaire_pros | 0 Comments

Michel-Henri Carriol fait partie de ces personnalités inoubliables. Né en France, il est arrivé en Australie en 1966. Pensant au départ qu’il resterait quelques mois, il n’a jamais quitté sa «patrie d’adoption», comme il l’appelle. Depuis plus de cinquante ans, il est partout. D’abord diplomate, puis chef d’entreprise, il a renforcé l’amitié franco-australienne et lundi, il a été nommé membre de l’Ordre de l’Australie, un honneur prestigieux qui distingue des citoyens dignes. Il rappelle son extraordinaire voyage avec nous.

Vous êtes né et avez terminé vos études à Paris. Comment en est-on arrivé à Sydney?

Mes parents étaient diplomates. A ce titre, j’ai vécu hors de France dès mon plus jeune âge, notamment en Allemagne, en Belgique et en Libye. Je suis entré à Sciences Po, et je suis arrivé à Sydney en 1966, en tant que représentant commercial de l’ambassadeur de France, muni d’un passeport diplomatique. J’ai dû passer dix mois en Australie, avant d’aller à l’ENA à mon retour. Mes plans ont donc légèrement changé!

J’ai rencontré un jeune australien, et après presque un an à Sydney, j’ai décidé d’abandonner l’administration, de mettre fin à mon inscription à l’ENA et de rester en Australie pour me lancer en affaires. Aujourd’hui, je suis toujours mariée au même Australien et nous avons deux enfants et deux petits-enfants.

Quelles étaient les relations entre la France et l’Australie à votre arrivée?

Les relations franco-australiennes n’étaient pas bien développées dans les années 1960. L’Australie a eu quelques contacts avec la Nouvelle-Calédonie. Les relations commerciales étaient limitées en raison de la réglementation douanière et des contingents imposés par l’Australie. La France avait tout de même vendu des avions de chasse à l’armée australienne.

Au cours de mes cinq années à l’Ambassade de France, j’ai rencontré et été en contact avec des représentants de centaines d’entreprises françaises intéressées par le marché australien.

Je suis fier de pouvoir dire que le verre de l’Opéra est français, en partie à cause de moi! C’était mon plus gros contrat pendant mon séjour à l’ambassade. L’un des trois plus grands producteurs de verre en feuille était français. Nous étions en concurrence avec une entreprise anglaise et américaine. Il a fallu produire du verre triplex, composé de verre blanc à l’extérieur pour refléter la lumière, et d’un verre légèrement teinté à l’intérieur pour ne pas aveugler les visiteurs. Dans la vie, comme on dit ici, « ce n’est pas ce que vous savez, c’est qui vous connaissez. » Je me suis assuré de le faire en envoyant l’un des jeunes architectes qui travaillaient sur le site en France pour développer et apprendre le français. À son retour, j’ai ensuite eu un contact au sein du groupe d’architectes de l’Opéra, et lorsque des charges techniques ont été engagées, nous avions quelques informations sur le projet pour préparer notre proposition.

Après plusieurs années de diplomatie, vous vous êtes tourné vers les affaires…

Après avoir aidé un bon nombre d’entreprises françaises à pénétrer le marché australien, j’ai pris la décision non seulement de me contenter de certaines d’entre elles, mais d’investir pleinement mon temps. J’ai commencé comme représentant de la Société Générale et de Dior, un pied dans la finance et l’autre dans la mode. Il y avait encore un long chemin à parcourir. N’oubliez pas qu’à l’époque, au téléphone, lorsque j’ai mentionné Dior, les gens répondaient: «Dior? Comment ça s’épelle? »

Par la suite, j’ai choisi de me consacrer à l’importation et à l’exportation de produits de mode, de beauté et de santé français, ainsi que de spiritueux. J’ai fondé Trimex, une abréviation de Trading Import Export. Les relations franco-australiennes étant au plus bas, j’ai tenté ma chance sur des investissements plus sûrs. Les articles de mode, les parfums, les cosmétiques et bien sûr la gastronomie française étaient déjà vendus il y a cinquante ans.

Vous avez célébré votre 54e année en Australie. Avez-vous déjà voulu quitter votre «patrie d’adoption»?

Non! J’aime beaucoup les deux pays, pour différentes raisons. J’apprécie le rôle de la culture en France, les musées, mais aussi les villes, la montagne… Mais j’aime particulièrement les gens en Australie. Les Australiens possèdent des compétences intrapersonnelles remarquables. La qualité de vie ici m’a également convaincu de rester, notamment après la naissance de mes enfants.

Nous avons eu des moments difficiles et des moments très satisfaisants. Les relations entre la France et l’Australie se sont dégradées après les essais nucléaires français dans le Pacifique. Mon message de France n’était plus distribué. Beaucoup d’hommes d’affaires qui travaillaient pour mon entreprise se sont retirés. Les clients sont entrés dans nos magasins avec leurs jeunes enfants et nous ont accusés de les rendre malades.

Aujourd’hui, je suis heureux de pouvoir dire que les relations entre la France et l’Australie sont excellentes. À vrai dire, il faut noter que cette relation a commencé pendant la Première Guerre mondiale. Beaucoup d’Australiens sont morts sur le territoire français. Cela crée des liens.

L’Australie connaît sa première récession depuis trente ans, comment voyez-vous les mois à venir?

Je suis plutôt optimiste pour l’Australie. À mon arrivée en 1966, on m’a donné un livre intitulé «The Lucky Country». Il y a une raison pour laquelle ce pays a un tel surnom. La population est relativement faible, la richesse est donc répartie entre un petit nombre de personnes. Sans Covid-19, je ne pense pas que l’Australie serait entrée en récession. Cette année, le budget australien prévoyait un excédent et les relations avec la Chine n’étaient pas compliquées. Cette crise change tout, mais je suis convaincu que l’Australie peut surmonter cette épreuve.

L’Australie est un pays agricole qui pourrait presque être autosuffisant. La pluie d’automne ramène la culture, ce qui est un nouveau confort.

Lundi, vous avez été nommé membre de l’Ordre de l’Australie par le gouverneur général. Une reconnaissance pour vos activités commerciales, mais aussi pour vos nombreux engagements de volontariat…

C’est quelque chose qui me touche le cœur. Lorsque nous réussissons dans notre carrière, il est nécessaire d’aider la personne suivante. Ma femme et moi nous sommes impliqués dans l’aide aux victimes du cancer. Il y a trente ans, nous avons créé l’association «Look good, Feel better», qui vient en aide aux personnes ayant subi des effets secondaires de la chimiothérapie, notamment la chute des cheveux et des sourcils. Les volontaires, dont la majorité sont des professionnels de santé, passent leur temps libre à l’hôpital pour conseiller et aider les patients.

Je suis également investi dans la Société Française de Bienfaisance, plus connue sous le nom de French Assist, dont je préside la filiale Nouvelle-Galles du Sud. Nous avons traversé des moments difficiles ces derniers mois. Je me réveillais parfois le matin avec 40 messages urgents sur mon répondeur. Nous devions gérer divers problèmes. J’ai rencontré beaucoup de jeunes Français qui se trouvaient dans une situation très précaire en Australie, ne pouvant pas rentrer en France, des femmes victimes de violences conjugales, mais aussi des personnes âgées en difficulté… La situation s’est améliorée ces dernières semaines, mais là sont encore des cas urgents que nous devons aider.

Que représente pour vous cette reconnaissance?

C’est évidemment un honneur auquel je reste humble. C’est le résultat d’un travail et de plusieurs équipes. Seul, rien ne peut être accompli. J’ai eu la chance de pouvoir diriger, ce qui m’a permis de m’investir dans plusieurs projets.

Sur le sceau du gouverneur général qui a décerné le prix, on peut voir l’acacia doré, une plante originaire d’Australie. Cela me rappelle l’acacia argenté que l’on trouve dans le sud de la France, où j’ai grandi. L’acacia doré et l’acacia argenté fleurissent en même temps, distants de 16 000 km, l’un en été et l’autre en hiver. J’ai trouvé que c’était un bon clin d’œil à la France et à l’Australie, mes deux pays.

En recevant cet honneur, je me joins à ma femme, qui a été honorée il y a cinq ans. C’est une récompense d’une équipe, à la fois professionnelle et personnelle.







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